Créée en 2015, AWOTELE est une revue panafricaine de cinéma, bilingue FR/EN,
publiée par Sudu Connexion à l'occasion des trois grands festivals du continent :
Carthage (Tunisie), Ouagadougou (Burkina Faso) et Durban (Afrique du Sud)
.

Launched in 2015, AWOTELE is a PanAfrican Film Critic Magazine, bilingual FR/EN,
published by Sudu Connexion on the occasion of the three major cinematographic events on the continent:
Carthage (Tunisia), Ouagadougou (Burkina Faso) and Durban (South Africa).

 

 SOMMAIRE

Awotele n°19, Octobre 2021

FESPACO

BURKINA FASO

 

 

HOMMAGE

EDITO

FOCUS : CINÉMA ET POLITIQUE

Le cinéma au Maroc : projection politique ?

par BOUGRINE Jihane (Maroc)

Comment le cinéma sud-africain aborde-t-il la question politique?

par ZILIBOKWE Nkululeko (Afrique du Sud)

Trouver le bonheur, former une communauté

par NGUANE Helio (Mozambique)

 

CLOSE-UP

ENTRETIEN AVEC KISWENDSIDA PARFAIT KABORÉ par Michel Amarger (France)

 

SUDU NEWS

 

FOCUS : TV/CINÉMA : A LA RECHERCHE D'UN ASSISTANT RÉALISATEUR

L’indécision crée des profils aléatoires

par NG’ONANA Pélagie (Cameroun)

Il faut en finir avec “l’heure africaine”

par BOUSSOUGOU Yvon Carls (Gabon)

L’assistant-réalisateur : la mémoire du réalisateur

par HAROUNA Youssoufa Halidou (Niger)

 

FLASHBACK

La nuit des rois de Philippe Lacôte

par RANDRIANATOANDRO Aina (Madagascar)

TABLE OF CONTENTS

Awotele n°19, Octobre 2021

FESPACO

BURKINA FASO

 

 

HOMAGE

EDITO

FOCUS: CINEMA & POLITICS

Cinema in Morocco: Political Projection?

by BOUGRINE Jihane (Morocco)

How has South African cinema addressed politics?

by OKICHE Wilfred (Nigeria)

Finding happiness, creating community

by NGUANE Helio (Mozambique)

CLOSE-UP

INTERVIEW KISWENDSIDA PARFAIT KABORÉ by Michel Amarger (France)

 

SUDU NEWS

 

FOCUS: TV/CINEMA: IN SEARCH OF ASSISTANT DIRECTORS

Indecision creates random profiles

by NG’ONANA Pélagie (Cameroun)

Time to say farewell to “African time”

by BOUSSOUGOU Yvon Carls (Gabon)

The Assistant Director as the Director’s Memory

by HAROUNA Youssoufa Halidou (Niger)

 

FLASHBACK

Night of the Kings by Philippe Lacôte

by RANDRIANATOANDRO Aina (Madagascar)

 



 

 

AWOTELE votre revue panafricaine de cinéma, relaie dans les lignes qui suivent, une réflexion de cinéastes sur le financement de l'Organisation Internationale de la Francophonie du cinéma en Afrique. Il s'agit de :

Moussa Sene Absa - Cinéaste, Sénégal

Amina Abdoulaye Mamani - Cinéaste, Niger

Mama Keïta - Cinéaste, Guinée

Zeka Laplaine - Cinéaste, R.D.Congo

 

Mauvais film à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)

Un collectif de cinéastes et producteurs, originaires des Etats Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) avait alerté, en août 2020, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sur les dérives opaques, discrétionnaires et abusives qui ont cours dans son département audiovisuel. La rencontre en ligne avec une délégation du collectif, organisée un an plus tard, a débouché sur des concessions qui évitent soigneusement de traiter la question de ces dérives néfastes aux cinémas du Sud, qui comptent l’OIF parmi ses tout premiers partenaires. 

 

Guerre des générations 

Un règlement en date du 5 mars 2020 limite le nombre d’aides à la production dont peut bénéficier un réalisateur. Rien d’anormal qu’une institution décide de poser des limites spécifiques aux subventions qu’elle accorde. Sauf que ce règlement, au lieu de s’appliquer à compter de son entrée en vigueur, remonte le temps, jusqu’à 33 ans, afin de comptabiliser les aides obtenues par les réalisateurs, alors qu’aucun des règlements antérieurs ne fixait de plafond d’aides. 

L’argument avancé - favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes - dissimule mal, au risque même de déclencher un conflit de générations, le dessein d’écarter les vétérans, à l’indocilité redoutée, sur les épaules desquels repose, pour partie, le destin de ce cinéma fragile. Le refus obstiné d’instaurer un double collège, à l’exemple de celui du CNC français, révèle l’aspect retors de l’argument. Le double collège garantirait dans les meilleures conditions le dialogue dynamique des générations et l’éclosion de nouveaux talents : un premier collège dédié aux premières et deuxièmes œuvres et, un second, pour les cinéastes confirmés. 

Après de vives protestations, l’article incriminé, validé en son temps par la Direction et le service juridique, vient d’être retiré. Demeure la question des conditions de l’essor des jeunes cinéastes. 

 

Prurit réglementaire 

Au sein de ce département, un pouvoir hors contrôle agit avec sa propre boussole.

On retire soudain, sans explication, le documentaire de création de la commission du long-métrage, sa place naturelle, pour l’attribuer arbitrairement à la commission de la série. 

Et tout est ainsi à l’avenant.

On réduit drastiquement le montant des subventions accordées aux projets des pays d’Afrique subsaharienne au motif de l’obtention automatique du « bonus ACP » pourtant supposé accroître les moyens de production. L’art de transformer un bonus en malus et d’en faire une variable d’ajustement. 

On supprime dans une première version du règlement, avant de se dédire, l’aide au développement aux cinéastes de Djibouti, du Gabon, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de Mauritanie, du Sénégal, du Cap-Vert, du Congo, au motif que ces pays ont un PIB trop important.

On décide que dorénavant, les représentants de l’OIF, présents dans les commissions, composées de professionnels, prendront part au vote, contrairement aux usages de la plupart des fonds et du précédent règlement qui réservait aux          fonctionnaires de l’OIF un rôle d’observateurs et de conseillers techniques. Cette entorse aux usages permet de tout contrôler et d’entraver, si besoin est, un porteur de projet qui aurait le mauvais goût de déplaire, comme ce fut le cas récemment, au point de choquer certains membres de la commission.

 

Plurilinguisme bafoué

Que dire de cet autre nouveau fonds, intitulé OIF-TV5, dont un des articles stipule que les œuvres de fiction long-métrage doivent être parlées majoritairement en français et, pour les autres genres ( court-métrage, documentaire et série ), la langue usitée doit être le français intégralement ? Ce règlement impose la langue française à des œuvres originales de divers pays en violation du plurilinguisme inscrit dans la charte de l’OIF, sans qu’aucun organe interne de supervision ne s’en soit alarmé.  

 

Diversité aux oubliettes

S’il est un organisme où la notion de diversité ethnique et de genre est consubstantielle à sa nature, l’OIF devrait être un modèle du genre.

Le département audiovisuel ne reflète pas cette exigence.

 

Opacité

Le choix du coordinateur du programme ACP au sein de l’OIF, poste éminemment important, n’aurait-il pas dû faire l’objet d’un appel à candidatures transparent, public, respectant l’équité et ouvert à toute la zone géographique des pays ACP ou, à tout le moins, aux pays francophones ?  

Cela aurait évité la suspicion de connivence quant à la sincérité du choix opéré. 

Et quand bien même les règles de l’OIF permettraient le mode de sélection         utilisé, l’éthique et la pertinence n’y trouveraient pas leur compte. La reconduction de ce contrat serait un fourvoiement de mauvais augure. 

La tentation est grande pour une autorité saisie par l’hubris, la bride sur le cou, d’instrumentaliser les importants moyens d’influence que sont les finances, les règlements, le choix des membres des commissions, des consultants et des prestataires; d’en faire des marqueurs pour poser et imposer, de manière insidieuse et durable, les bases sur lesquelles les cinémas du Sud doivent s’édifier.

 

Tout ce qui se fait sans nous, pour nous, se fait contre nous 

Nous, cinéastes, endurons cette situation équivoque de quémandeurs dans laquelle nous place la plupart de nos pays respectifs auprès de fonds internationaux, en n’assumant pas leurs obligations en matière de politique culturelle, corollaire du manque de démocratie conjugué à la corruption. 

 

L’OIF gagnerait à lancer un audit indépendant de la gestion globale de son département audiovisuel, d’appliquer la transparence, dont elle se fait le chantre, dans ses règles et modes de fonctionnement et d’associer les professionnels à toute décision importante prise dans un domaine qui les concerne au premier chef.

 

Face à toutes les adversités, restent nos œuvres, nos rêves et nos convictions pour talismans.  

 

Moussa Sene Absa - Cinéaste, Sénégal

Amina Abdoulaye Mamani - Cinéaste, Niger

Mama Keïta - Cinéaste, Guinée

Zeka Laplaine - Cinéaste, R.D.Congo

 

*Cette tribune n’engage pas le collectif des cinéastes et producteurs ACP