BURKINA FASO : l’apport des festivals de films et la réinvention de la culture à l’ère de la Covid-19, en discussion à Ouagadougou

FR Une industrie cinématographique rentable peine à voir le jour en Afrique depuis les indépendances. En plus du manque de financement suite à la fermeture de nombreux guichets et de fonds nationaux, il faut noter une quasi-absence d'un circuit de distribution et de diffusion structuré qui puisse générer des revenus afin de financer d'autres productions. Du coup, les festivals suppléent l'absence des distributeurs. Les festivals de films sont ainsi devenus des plateformes incontournables pour la diffusion des œuvres africaines. 

Le FESPACO au Burkina, le ZIFF (Festival International du film de Zanzibar ) en Zambie, le CIFF au Caire (Cairo International Film Festival), le DIFF (Durban International Film Festival) en Afrique du Sud, le FESTICAB (Festival International du Cinéma et de l'Audiovisuel du Burundi) au Burundi, les Ecrans Noirs au Cameroun : plus d'une cinquante de festivals sont dénombrés sur le continent. Et il est de plus en plus question d'exploiter leur potentiel au bénéfice des productions. D'où la tenue de cet atelier régional les 25, 26 et 27 mai à Ouagadougou, sous le thème de la contribution des festivals au développement de l'industrie du cinéma et à la résilience du secteur de la culture en Afrique sous contexte Covid-19. Au cours des panels, les professionnels du cinéma et experts d'une dizaine de pays africains ont exploré des pistes pour insuffler une nouvelle dynamique aux festivals dans la promotion des films.  

Il ressort des différentes concertations que le cinéma connait des cycles et à chaque cycle, il faut se réinventer au risque de disparaître. L’apparition de la maladie liée au Coronavirus, a certes porté un coup dur au secteur culturel en général et au cinéma en particulier. Mais elle a aujourd’hui donné naissance à des opportunités pour une rentabilisation des festivals de films. Koudougou Doc, initié par le réalisateur et producteur burkinabè Michel Zongo, vise pour les prochaines éditions de son festival dédié au documentaire d’auteur, un public international grâce aux possibilités qu’offre internet. Une salle virtuelle avec des tickets d’accès en ligne, permettrait à son festival de faire du chiffre et d’élargir son public, en plus des cinéphiles sur place à Koudougou.

Ainsi, les festivals doivent compter avec les nouveaux médias (communication sur les réseaux sociaux, diffusion en ligne…) pour assurer leur survie. Une survie qui dépend aussi de leur rentabilité. Et pour le Nigérian Madu Chikwendu, promoteur du Lagos International Film Festival, le temps où les festivals étaient juste des évènements, est révolu. Un festival doit être considéré comme un produit, avec un business-plan pour assurer sa rentabilité.  Les festivals sont donc appelés à travailler leur image de marque ou « branding » pour attirer des annonceurs et sponsors. 

 

Il a été également question de droits que doivent nécessairement payer les festivals aux auteurs, d’amélioration des conditions d’accueils des réalisateurs pendant les festivals. Des panélistes en mode virtuel dont Toussaint Tiendrébeogo, secrétaire de la Convention 2005 de l’UNESCO, ont enrichi l’atelier en faisant le point d’étape de l’étude de l’UNESCO, en vue de l’élaboration d’une feuille de route pour le développement de l’industrie cinématographique en Afrique.  

 

La cinquantaine de participants a salué la mise en vigueur de la charte de la renaissance africaine à l’occasion de la célébration de la journée de l’Afrique chaque 25 mai. Cette charte promeut les valeurs culturelles africaines comme levier de développement. Ils ont surtout demandé à la CEDEAO, l’opérationnalisation des fonds dédiés à la promotion de la culture et des nouveaux médias. 

 

L’organisateur de cet atelier, le Centre Régional pour les Arts Vivants en Afrique (CERAV-Afrique), a été soutenu entre autres par l’UEMOA, la CEDEAO, la Wallonie-Bruxelles Internationale. Le CERAV Afrique dont le Délégué Général est Michel Saba, a pour mission de promouvoir les arts du spectacle, la convention UNESCO de 2005, le cinéma… 

 

EN A profitable film industry has struggled to emerge in Africa since independence. In addition to the lack of funding following the closure of many counters and national funds, is the virtual absence of a structured distribution and broadcasting circuit that can generate income in order to finance other productions. Suddenly, festivals make up for the absence of distributors. Film festivals have thus become essential platforms for the dissemination of African productions. From FESPACO in Burkina, to ZIFF in Zambia, CIFF in Cairo, DIFF in South Africa, FESTICAB in Burundi, Ecrans Noirs in Cameroon, there are more than fifty festivals on the continent. It is increasingly becoming a question of exploiting their potential for the benefit of African films.

 

Hence the organization of this regional workshop that took place from May 25 to May 27 in Ouagadougou, under the theme of the contribution of festivals to the development of the film industry and to the resilience of the culture sector in Africa in the context of Covid-19. During the panels, film professionals and experts from around ten African countries explored ways to breathe new life into festivals as a place for the promotion of films.

 

It emerged from the various consultations that cinema has cycles and with each cycle, we have to reinvent ourselves to prevent the risk of disappearing. The outbreak of the coronavirus disease has certainly dealt a blow to the cultural sector in general and to cinema in particular. But it has now given birth to opportunities for making film festivals profitable. Koudougou Doc, initiated by Burkinabè director-producer Michel Zongo, aims the next editions of his festival (dedicated to auteur documentaries) at an international audience, thanks to the possibilities offered by the Internet.

 

A virtual room with online access tickets would allow its festival to generate numbers and expand its audience in addition to film fans on site in Koudougou. Festivals must therefore rely on new media (communication on social networks, online broadcasting) to ensure their survival; survival which also depends on their profitability. For Madu Chikwendu, Nigerian producer and promoter of the Lagos International Film Festival, the days when festivals were just events are over. A festival should be seen as a product, with a business plan to ensure its profitability. Festivals are therefore called upon to work on their brand image or branding to attract advertisers and sponsors.

 

There was also the question of copyright, which that festivals are expected to pay to filmmakers, improving the welfares conditions of directors during festivals. Panelists in virtual mode, including Toussaint Tiendrébeogo, secretary of the 2005 UNESCO Convention, enriched the workshop by providing an update on the UNESCO study, with a view to developing a roadmap for the development of the film industry in Africa.

 

The fifty or so participants welcomed the enactment of the African Renaissance Charter on the occasion of the celebration of Africa Day, which is commemorated every May 25. This charter promotes African cultural values as a lever for development. Above all, they asked ECOWAS to activate funds dedicated to the promotion of culture and new media.

The organizer of this workshop, the Regional Center for the Performing Arts in Africa (CERAV-Africa), was supported among others by UEMOA, ECOWAS, and Wallonia-Brussels International. The mission of CERAV Africa, whose General Delegate is Michel Saba, is to promote the performing arts, the UNESCO convention of 2005, and cinema.

 

 

Marie Laurentine Bayala, journaliste, cinéaste.

 

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